Interview du Colonel Seyni Cissé Diop réalisé par « le Témoin »

 

(Journal Le Témoin) : Colonel (er) SEYNI CISSE DIOP, Consultant en Défense & Sécurité

 

photo-interview

« Le Sénégal doit  jouer son rôle de puissance vis-à-vis de la Gambie »

 

PREMIÈRE PARTIE :

     ‘’’LE SÉNÉGAL DOIT CONTINUER A FAIRE VALOIR SA PUISSANCE MILITAIRE EN GAMBIE’’

 Décidément ! Pour ce coup-ci, c’est-à-dire la crise postélectorale qui secoue la Gambie voisine, les experts militaires et autres consultants en défense et sécurité ne comptent pas laisser le champ médiatique aux activistes profanes. Surtout parce que la communauté internationale pourrait faire face à une crise politico-militaire dès lors que la Cedeao n’exclut pas le recours à la force pour faire plier le régime de Yaya Yammeh. C’est dans ce contexte que « Le Témoin » a localisé le colonel (Er) Seyni Cissé Diop, ancien commandant du Bataillon des parachutistes sénégalais parti à la retraite en 2014. Suivant de près l’actualité sous-régionale,  Seyni Cissé Diop, consultant en Défense et Sécurité et ancien officier de l(Ecole de Guerre  appelle dans l’interview qui suit les décideurs à engager, s’il le faut, la force pour installer en Gambie le président élu Adama Barrow dont Yaya Jammeh semble déterminé  à confisquer la victoire. Avis d’expert… militaire !

 

Le Témoin : Mon colonel, depuis votre départ à la retraite, on n’a plus entendu parler de vous. Avez-vous délaissé les questions de sécurité pour vous concentrer sur les travaux champêtres  à l’instar de ce qu’avait déclaré vouloir faire Yaya Jammeh?

Seyni Cissé Diop : (Rires) Pas du tout !  Contrairement à Yaya Jammeh qui a finalement refusé d’aller aux champs, moi, par contre, je  m’active toujours dans l’agriculture au niveau du domaine familial de Ndiakhirate  que j’exploite  en tant que dépositaire. En même temps, je suis de plain-pied dans la sécurité. Mon absence du dernier sommet de Dakar sur la Défense et la Sécurité à Dakar pourrait faire penser que j’ai délaissé les questions de sécurité alors pourtant que j’avais demandé en tant que consultant à y participer. En vain. Disons que c’est un couac qui sera certainement réparé l’année prochaine inch’Allah.

Comment vous y prenez-vous donc  pour continuer à penser sécurité ?

En effet, je suis engagé dans le domaine de la défense et de la sécurité, et pleinement d’autant plus qu’avec un groupe de collaborateurs nous avons lancé courant décembre 2015 le premier cabinet sénégalais spécialisé en Défense et Sécurité « GS7Solutions ». La cérémonie de lancement au mess des officiers de Dakar a été présidée par le général d’armée Lamine Cissé que je remercie encore au passage. Nous avions bénéficié d’une large couverture médiatique. Actuellement, nous travaillons dans le développement du cabinet qui est visible dans  le web et qui compte parmi ses membres de jeunes sénégalais et des partenaires africains. D’ailleurs, une table ronde centrée sur le thème de la sécurité  en Afrique de l’Ouest et du Centre fait partie de nos projets  à court terme.

Pour venir à l’essentiel de notre visite, que pensez-vous de la nouvelle situation qui prévaut en Gambie depuis les dernières élections qui ont consacré la victoire d’Adama Barrow ?

 Je pense que nous ne devons pas parler d’une nouvelle situation ni être surpris par ce qui se passe actuellement en Gambie. Parlons plutôt de circonstances nouvelles. Aujourd’hui, en décembre 2016, 35 ans après, une situation sécuritaire semblable à plus d’un titre à celle de 1981 se rejoue. La première erreur stratégique consisterait à percevoir une quelconque différence  significative  entre 1981 et 2016. Seuls les acteurs ont changé dans cette pièce : le pouvoir d’un président démocratiquement élu, Adama Barrow,  est  menacé  aujourd’hui par un nommé Yaya Jammeh qui nous rappelle un certain Kukoy Samba Sagna, tombeur de Daouda Jawara, le président gambien d’alors.  Donc 35 ans après,   le rapport de force est toujours en faveur du Sénégal  qui doit jouer une nouvelle fois son rôle de puissance avec encore toutes les cartes en main. Comme quoi, le Sénégal doit être le gendarme de la Gambie dans l’intérêt des deux  peuples et pour la sécurité des personnes et des biens.

Vous avez bien dit puissance ?

Oui, j’ai bien dis puissance et je le répète ! Le  Sénégal est bien une puissance de fait.  Vous savez, la notion de puissance doit être perçue avec une bonne dose de relativité. Elle se mesure dans les relations  en confrontant les pays entre eux à l’échelle mondiale,  régionale, sous régionale et locale. C’est un peu  comme on calcule le rapport de force militaire lors d’une confrontation : il se mesure par rapport à un espace géographique dans un temps déterminé. En ce qui concerne l’espace local  allant si on peut dire de Dakar à Gabou au minimum, le Sénégal doit être considéré comme une puissance économique, diplomatique et militaire. Notre pays ne l’a-t-il pas démontré en 1981 à Banjul et plus récemment en 1998 avec un débarquement risqué et réussi à Bissau ? Rien que ces deux opérations politico-militaires attestent notre puissance dans la sous-régionale et en général dans le continent. Certes, jusqu’à une époque récente, nous n’avons ni du pétrole, ni du gaz, mais nous avons eu une Armée de métier comme ressource que nous avons faire valoir partout dans le monde.  Donc, il  s’agit de continuer à faire preuve  de cohérence ; ce qui ne veut pas dire se comporter de la même façon tout le temps mais adopter la même attitude face aux mêmes circonstances. Je dis bien adopter la même attitude et non agir concrètement sur le terrain de la même manière. Et le droit international dans tout ça ? Et le principe du respect des frontières des pays souverains ? Toutes ces questions doivent être résolues… Car les règles du droit régissant les rapports entre les pays n’ont pas changé entre-temps. Le respect de la souveraineté des Etats consacré depuis Westphalie est toujours de mise. Mais le droit d’ingérence dans les affaires intérieures d’un Etat qui bafoue les droits humains élémentaires s’impose de plus en plus dans les relations internationales. Et  suivant le cas, l’intervention est dénommée ‘’ingérence démocratique ‘’   ou ’’ingérence humanitaire’’.

 

La  ferme position de la Cedeao semble être un ultimatum donné à Yaya Jammeh avant le 19 janvier… Pourquoi y aller militairement ? Ne devrions pas continuer à dialoguer avec lui pour l’amener à céder le pouvoir de manière pacifique ?

(Rire) Je ne suis point un va-t-en guerre comme l’avait si bien dit votre éditorialiste maison Mamadou Oumar Ndiaye  suite à ma contribution parue dans les colonnes du « Témoin », mais je pense que la voie diplomatique s’amenuise de plus en plus bien qu’elle doive continuer à jouer son rôle jusqu’au dernier moment. Hélas, la derniére sortie de Yaya Jammeh laisse croire que la diplomatie risque d’échouer. Mais comme dit Clausewitz, la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens. Je préfère  cette définition à celle de Beaufre applicable plus au niveau de l’exécution. Et  je dirai même que la guerre est une phase de l’action  globale politique qui commence par la diplomatie et qui prend en compte l’aspect économique aussi. Cependant, osons espérer ne pas voir  utiliser la force qui, cependant, doit commencer à se mettre en position.

Et les sanctions économiques suggérées par certains ?

Sanctions économiques ? Vous savez, l’option  militaire est tout juste une solution à utiliser en dernier recours mais en tenant compte du facteur temps. Mais un blocus économique ne me parait pas approprié vu ses  conséquences dramatiques et humanitaires sur les populations sénégalaises et gambiennes. L’Irak est un bel exemple de sanctions économiques aux effets désastreux sur la population civile mais non suffisantes pour faire céder Saddam Hussein finalement renversé par une expédition militaire. Allez revisiter l’histoire des récents conflits dans le monde, vous verrez que l’embargo économique n’a jamais donné des résultats probants. Et en outre,  il donne l’occasion à des tierces parties, hors de la sous-région, de s’impliquer et d’allonger inutilement les délais de résolution de la crise. Un grand dignitaire du pays a raison de dire  que cette affaire est ‘’ l’affaire du Sénégal et de ses dirigeants’’ qui font face à leur première grande crise stratégique je dirais. Ils doivent jouer et réclamer même l’exclusivité en termes d’investissement humain et financier. Je ne vois pas positivement un pays tiers même de la Cedeao se mettre en ligne à nos cotés pour régler un problème opérationnel à la limite du niveau tactique  que 2 ou 3 unités de réserve générale peuvent rapidement régler.

Si nous devions y aller, quelles seraient nos chances ?

Quelles chances ? Mais des chances de réussir l’opération car le rapport de force est favorable au Sénégal qui encercle de fait la Gambie ! Peut-être, l’erreur stratégique serait de surestimer la Gambie et de perdre du temps une fois le « Go » (Allez) donné à cause  de l’obstination de Yaya Jammeh  à se maintenir au pouvoir. J’ai dit plus haut qu’on n’aura pas besoin d’engager toute la force militaire sénégalaise. Une opération limitée dans le temps et dans l’espace s’impose pour contraindre Yaya, qui fanfaronne mais manque cruellement de profondeur stratégique, à céder le profondeur.

En votre qualité d’ancien chef de corps d’un bataillon d’élite voire de réserve générale, que voulez-vous dire par profondeur stratégique ?

Je réponds juste à ceux qui parlent de l’arsenal de Kanilai. C’est comme si vous possédiez beaucoup d’explosifs et que vous les massiez dans la maison de 200 m2  qui vous sert de refuge. Ça risque tout simplement d’éclater et de vous emporter. Comme vous le voyez, le territoire gambien est trop exigu pour une manœuvre  de gros moyens. Par contre, il y a un risque de prolifération de ces supposées armes qui pourraient tomber entre les mains d’un groupe mal intentionné. Donc, on n’a vraiment pas besoin, comme le suggèrent encore certains, d’y aller en coalition ou de se laisser impressionner par les chars de Yaya Jammeh.

Mon colonel vous, le parachutiste, ne paraissez pas donner de l’importance au facteur sécurité que les Anglais appellent « Force Protection »…

Non! Non ! Non ! Avez-vous pensé à ces braves parachutistes largués en pleine nuit sur l’aéroport de Yundum le 31 août 1981 ? Vous n’allez pas  dire que le haut commandement militaire sénégalais ne se souciait pas d’eux. Comme par le passé, le commandement se soucie toujours de nos soldats et,  pour cette opération qui se dessine sauf événement de dernière minute la déclarant inutile, l’Armée peut être engagée en se rapprochant au maximum du « zéro mort » à l’heure du bilan. La force protection est toujours prise en compte mais une victoire demande parfois un niveau de risque élevé.  Ce même si la situation actuelle ne peut être jugée comme trop risquée.

Que suggérez-vous alors  pour que cette opération ait un peu l’air d’une promenade militaire ?

Un rouleau compresseur mettant en application les recommandations de Sun Tzu qui recommande d’éviter d’encercler un ennemi peut nous assurer une victoire à moindre coût.

En vieux parachutiste, suggérez-vous l’emploi des paras dans cette guerre qui se profile ?

Je rappelle plutôt le respect de trois (03) principes fondamentaux de la guerre applicables aussi  dans le champ de compétitions économiques comme le suggère si bien Frédéric Leroy. Ces principes sont : Unicité de commandement, Liberté d’action et Surprise. Et à la guerre comme dans tout champ de compétition, il s’agit de ne pas agir de la même façon  tout le temps mais d’agir suivant les circonstances. Donc l’emploi de toute la panoplie militaire est possible en tenant compte seulement des principes suscités et des cinq (05) facteurs fondamentaux  de la stratégie.

 

 

 

DEUXIÈME  PARTIE :

‘’IL FAUT ÉVITER DE TRANSFORMER LES CHATS DE YAYA JAMMEH EN TIGRES’’

 

Qu’appelez-vous le principe  de non ingérence dans les affaires intérieures d’un Etat ?

Le respect de la souveraineté des Etats consacré depuis Westphalie est toujours de mise. Mais le devoir d’ingérence dans les affaires intérieures d’un Etat qui bafoue les droits humains élémentaires s’impose de plus en plus dans les relations internationales. C’est comme si on  faisait le deuil de la souveraineté des Etats comme le dit  le néo-conservateur  Robert Kagan exposant les rapports de puissance entre les Etats de manière contestée certes mais réaliste.

Compte tenu de la position géographique de la Gambie, un pays enfoncé dans le Sénégal,  le mot ingérence a-t-il sa place dans cette crise ?

Non, dans certains contextes on ne peut plus parler d’ingérence car le Sénégal représente la puissance locale qui doit jouer le rôle de leader quelle  que soit l’option choisie. Jouer pleinement ce rôle consisterait d’abord à assurer seul les frais y afférents. « Gabu » était plus compliqué, plus cher et plus risqué et le Sénégal l’a réussi de même que Banjul 1981. Les autorités politiques actuelles peuvent et doivent consentir autant.

Que conseillez-vous d’éviter en respect des principes de la guerre ?

Je l’ai dit plus haut sous une autre forme. Il faut  éviter de transformer les chats de Yaya Jammeh  en tigres comme le dit Sun Tzu qui déconseille les combats urbains et l’encerclement hermétique d’un ennemi au combat. Même dans la phase de négociation, il faut appliquer ce principe.

Selon vous, quel est le principe le plus difficile à respecter ?

La liberté d’action sans aucun doute. Identifier un système qui manque d’unicité de commandement et évaluer le niveau de surprise surtout stratégique est à la portée de n’importe quel analyste. Entre parenthèses, c’est d’ailleurs pourquoi tant de personnes s’autoproclament rapidement stratégistes et analystes sans effleurer les bases de la pensée militaire. Se réserver la liberté d’action qui garantit des possibilités de manoeuvre est l’apanage des stratèges maitrisant l’art de la guerre et dotés en plus de ce 6ème  sens qui sort du champ rationnel. Ce sont ainsi des individus armés en plus d’une certaine ‘’baraka’’ qui savent mettre en œuvre de grandes capacités d’innovation. Disons, un Lat Dior entre 1862 et 1885 ou un Napoléon avant les ‘’ 100 jours’’.

 

Pour vous,  la victoire serait-elle assurée déjà  comme le disait récemment l’ancien colonel Ousmane Ndoye « Ndoye Mbaaw » au vu du rapport de force ?

Oui, je dirai même avant que l’opération ne se déclenche. Et sans  exagérer. La peur est déjà dans le camp de l’ennemi. Il faut continuer à y apporter la discorde comme disait Charles de Gaulle dans les 3 Etudes parues entre les 2 guerres. Et, méthodiquement, continuer à s’engager pour contrôler Kanilaï, objectif stratégique.

Justement, vous, au moins, vous pensez à Kanilai alors que tout le monde ne parle que de Banjul la capitale politique et économique. Pourquoi donc Kanilai ?

En 1981, peu de gens parlaient de Kanilai, village frontalier gambien situé au Sud Est de la Gambie. Aujourd’hui, tous les regards sont fixés vers ce bourg devenu tres important car un natif du pays a integré l’armée gambienne une institution créée et mise en orbite par le Sénégal. Et au vu de sa position, de son capital affectif et militaire ,Kanilai  peut bien jouer le même rôle que Bissau en 1998 lors du débarquement.  Kanilai avec tout ce qu’il regroupe pourrait bien représenter dans une certaine mesure Stalingrad  de la deuxième guerre mondiale. Mais  ici la situation est plus favorable à la partie engagée dans l’offensive.

Et pourquoi vous faites de Kanilai l’objectif stratégique suprême ?

Je m’arrêterai tout juste à une définition pratique  de ‘’objectif stratégique ‘’ pour faire accepter mon choix. En effet, on peut dire de manière simple que le contrôle de l’objectif stratégique offre des avantages durables et facilitera la conduite d’éventuelles actions futures. Ainsi, vous vous apercevez que le contrôle de l’objectif stratégique précédé par la conquête des objectifs opérationnels garantit la liberté d’action. C’est ainsi que l’objectif stratégique peut prendre plusieurs formes suivant les situations. Ça peut être l’opinion publique, une capitale, une ville etc.

 

Une fois Adama Barrow confirmé dans son rôle de chef d’Etat, que recommandez-vous aux politiques ?

Surtout ne pas faire comme après 1981. Une campagne militaire doit apporter des dividendes mais  pas comme dans l’esprit de Frederick 2 de Prusse qui s’empara de la riche Silésie pour en faire profiter en priorité ses sujets. Il ne s’agira pas d’un partage de gain ni  non plus de se délecter du plaisir d’avoir installé  Adama Barrow à la tête de la Gambie comme  Louis XIV qui, au lendemain de la mort de Charles 2 en 1700, était surtout préoccupé par l’installation d’un Bourbon sur le trône d’Espagne que convoitaient aussi les Habsbourg. Allez demander aux Américains, aux Français et autres puissances, les campagnes ou opérations militaires qu’ils ont menées dans le monde. ils vont diront qu’une chaque guerre a un but politique ( le politique englobant l’economie) et doit apporter des  dividendes. Et les  dividendes peuvent se présenter sous plusieurs formes.

Qu’est qui doit intéresser le Sénégal alors, un des porte- étendards de la démocratie dans la sous-région et  qui se serait engagé avec ses moyens dans une expédition militaire ?

Vous avez bien dit ‘’serait engagé’’. Prions pour que les armes n’aient pas à parler  comme en  juillet- août 1981 alors que j’étais interné dans un hôpital français pour une fracture du bras consécutif à un saut en parachute à Pau. La restauration de  la démocratie est louable mais ne devrait pas être considérée comme l’objectif politique ou stratégique. Un Etat peut s’engager pour défendre parfois son honneur bafoué comme le cas  de l’Autriche pendant la guerre de l’Europe contre la France révolutionnaire qui avait guillotiné la reine Marie Antoinette d’Autriche, veuve de Louis XVI passé sous la guillotine  peu avant elle. C’est ce que Jomini qualifie de guerre de convenance. Un Etat peut s’engager aussi pour une guerre d’invasion, ce qui n’est pas l’intention du Sénégal. Un Etat peut s’engager encore dans une guerre d’intervention qui offre des chances de succès car elle est déjà entamée et se déroule hors du territoire national. Cette forme de guerre que Jomini considère comme l’une des formes les plus avantageuses  est plus facile à entreprendre car  elle est déjà entamée par d’autres acteurs. Dans ce cas concret, nous pouvons considérer le peuple gambien et la communauté internationale comme les autres acteurs qui sont déjà engagés dans la tension qui risque d’imposer une intervention armée.

Pouvez-vous être plus précis ?

La déclaration de Marcel  De Souza, le président de la commission de la Cedeao, la menace de Donald Trump et la résistance du peuple gambien qui mérite un soutien de proximité du Sénégal sont à considérer dans le cadre des acteurs engagés dans le processus qui, à coup sûr, conduira à la victoire militaire. Ceci peut déjà  contraindre Yaya Jammeh à se plier à la volonté de la communauté internationale sans qu’on ait besoin de lui appliquer directement la violence jusqu’à Kanilai où il pourrait jouer son baroud d’honneur.

Certains analystes ont expliqué que, hormis le Nigeria, aucun pays de la Cedeao ne peut intervenir à nos cotés, partagez-vous ce point de vue ?

Peut être que ceux qui le soutiennent ont rejoint le fait que je suis convaincu que le Sénégal doit être actionnaire majoritaire dans cette entreprise. Mais puisque certains veulent coûte que coûte lui coller le timbre de la Cedeao, pourquoi pas un contingent réduit d’un  pays membre aux cotés des braves Sénégalais qui, rappelons-le encore, peuvent  à eux seuls régler le problème. Je vous demande de revoir un peu la largeur de la Gambie et de vous rendre compte que certains points vitaux de la Gambie sont à moins de 50 km du Sénégal, dont la capitale politique et aussi le symbole du dictateur.

En conclusion, mon colonel, qu’est- ce que le Sénégal doit assurer dans cette crise ?

Je dirai que, quelle que soit la situation, un Etat doit chercher à protéger ses intérêts surtout ses intérêts vitaux et stratégiques. Pour ce scenario-ci, il ne s’agit pas d’intérêts vitaux comme le clament certains. Il s’agit plutôt d’intérêts stratégiques. Le Sénégal doit ainsi peser de tout son poids  après la crise  pour défendre ces  3 points : l’arrêt du soutien à la rébellion du MFDC d’autant plus que les combattants de ce mouvement semblent chercher une issue pacifique ; la fin des tracasseries contre les Sénégalais sur la transgambienne vu que nous sommes décidés à juste titre à faciliter la vie des Gambiens en transit ou en séjour au Sénégal et la construction du  pont sur le fleuve Gambie qui non seulement facilitera les liaisons entre le Nord et le Sud du Sénégal  mais aussi nous rapprochera de Bissau avec qui nous partagerons la même zone monétaire. Ces exigences ne peuvent qu’être acceptées car teintées de plus d’esprit réaliste. Elles prennent en compte les intérêts des uns et des autres contrairement à l’après 1981 qui nous a vu mettre en place une Armée et une Gendarmerie sans aucune considération  stratégique alors que des experts avisés proposaient des actions réalisables à l’époque qui mettaient en avant notre rôle de puissance que la géographie impose de facto. Nous avons assez payé les conséquences. Le Sénégal et la Gambie sont  inséparables.  Aussi le respect des intérêts des uns et des autres que le Sénégal s’évertuer à mettre en avant doit, s’il le faut, être imposé par l’application du principe  de la puissance. La Gambie n’est pas une région administrative du Sénégal mais un pays reconnu au plan international. Cependant, le Sénégal ne doit plus accepter qu’une dictature s’installe impunément à Banjul.  Une démonstration de force rapide peut non seulement semer le doute dans l’esprit des  forces de sécurité gambiennes comme nous commençons à le constater par les nombreuses défections  mais aussi augmenter le courage des résistants  et faire surgir des événements qui mettent fin rapidement à l’aventure grotesque de Jammeh.

Propos recueillis par :

 Pape NDIAYE

( Entretien paru dans « Le Témoin » quotidien sénégalais/ Décembre 2016)

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